DPP au-delà de l'ESPR : travail forcé et marchés publics
Deux orientations de la Commission (août 2026) citent le DPP : enquêtes sur le travail forcé et marchés NZIA. Ce qu'elles disent et ce qu'elles ne disent pas.
Ce que c’est, et ce que ce n’est pas : les deux documents examinés ci-dessous sont des orientations de la Commission publiées dans la série C du Journal officiel. Elles expliquent comment appliquer des règlements existants. Elles ne créent aucune nouvelle obligation de DPP, ne modifient aucune échéance et n’ajoutent aucun champ de données à un passeport. Leur intérêt est ailleurs : pour la première fois, des orientations officielles de la Commission, en dehors du champ de l’ESPR et des batteries, traitent le passeport numérique de produit comme un outil d’identification du produit et une source de preuves.
Deux textes d’orientation en une semaine
Entre le 31 août et le 3 septembre 2026, deux textes d’orientation de la Commission qui, à première vue, n’ont rien à voir avec l’écoconception ont paru au Journal officiel. Le premier concerne l’interdiction des produits issus du travail forcé, le second les marchés publics de technologies « zéro net ». Tous deux mentionnent le passeport numérique de produit, et dans le même rôle : un moyen d’identifier un produit et d’accéder à des données vérifiables le concernant.
Un troisième signal, plus discret, est arrivé la même semaine. Le 28 août 2026, la Commission a inscrit à son programme un règlement d’exécution sur les critères de marchés publics écologiques pour les textiles d’habillement, premier acte annoncé au titre de l’article 65 de l’ESPR. Pris ensemble, ces trois éléments montrent que le DPP cesse d’être une simple obligation d’information pour devenir un outil des autorités d’enquête et des acheteurs publics.
1. Les lignes directrices sur le règlement relatif au travail forcé
Le règlement (UE) 2024/3015 interdit de mettre sur le marché de l’UE, de mettre à disposition et d’exporter des produits issus du travail forcé. Il s’applique à partir du 14 décembre 2027. Les enquêtes seront menées par la Commission et les autorités nationales compétentes ; les autorités douanières feront appliquer les décisions à la frontière. La Commission a adopté ses lignes directrices sur l’application du règlement le 26 juin 2026 (communication de la Commission C(2026) 4386, mise en ligne sur son portail le 30 juin) et les a publiées au Journal officiel le 3 septembre 2026 (JO C/2026/4637).
Les lignes directrices contiennent une section pratique sur les informations qu’une autorité d’enquête peut recueillir ou demander. Le point 4.7.3.1, consacré à l’identification du produit, énumère les identifiants habituels : codes SH et NC, type, référence, modèle, numéro de lot ou de série apposé sur le produit, son emballage ou les documents d’accompagnement. La même liste comprend aussi l’identifiant unique du passeport numérique de produit. Juste à côté figurent les preuves de traçabilité : certificats de chaîne de contrôle, données de traçabilité des matières premières, documents reliant le produit fini à sa source de matières premières et nomenclatures.
Pourquoi c’est important
- L’identifiant DPP devient un repère officiel. Lorsqu’un produit porte un passeport, son identifiant unique figure désormais explicitement parmi les données qu’une autorité utilise pour déterminer quel produit une allégation vise.
- Les données de traçabilité du passeport deviennent une preuve exploitable. Lorsque la règle produit applicable exige dans le DPP des données d’origine, de fournisseur ou de matière, cet enregistrement structuré peut étayer la réponse d’une entreprise à une demande d’information. Lorsqu’elle ne l’exige pas, le DPP ne prouve rien en matière de travail forcé.
- La direction est cohérente. Le chapitre douanier de l’ESPR, la réponse au Parlement de mars 2026 sur le contrôle douanier et maintenant les lignes directrices sur le travail forcé : tous traitent l’identifiant du passeport comme le point de départ de la vérification d’un produit.
Ce que les lignes directrices ne changent pas est tout aussi important. Elles n’exigent pas de DPP pour les produits sans obligation de passeport, et elles ne font pas du passeport un certificat attestant qu’une chaîne d’approvisionnement est exempte de travail forcé. Le devoir de vigilance en la matière reste un exercice distinct, documenté au titre de la CSDDD et de règles sectorielles comme le règlement batteries.
2. Les orientations sur l’article 25 du Net-Zero Industry Act
L’article 25 du règlement (UE) 2024/1735, le Net-Zero Industry Act, impose aux acheteurs publics d’appliquer des critères de résilience et de durabilité lorsqu’ils achètent des technologies « zéro net » comme les batteries, les panneaux solaires, les pompes à chaleur et les électrolyseurs. Pour appliquer le critère de résilience, il faut savoir d’où proviennent un produit final et ses principaux composants spécifiques. Le 31 août 2026, la Commission a publié des orientations sur la forme que doit prendre cette preuve d’origine (communication, JO C/2026/4623).
Les orientations énumèrent d’abord les preuves documentaires classiques : factures, identifiants de produit et numéros de série, plaques signalétiques, certificats d’origine, connaissements, nomenclatures, certificats d’inspection d’usine et systèmes MES. Elles ajoutent ensuite que les acheteurs publics devraient passer progressivement à des systèmes numériques de traçabilité permettant de vérifier l’origine et les chaînes d’approvisionnement de manière sûre et interopérable, et que ces systèmes pourraient à l’avenir inclure aussi les passeports numériques de produit.
Comment le lire
- Une perspective, pas une règle applicable aujourd’hui. Aucun appel d’offres ne peut exiger un DPP aujourd’hui, car aucun produit « zéro net » n’a encore de passeport obligatoire contenant des données d’origine. Les passeports batteries, premier candidat, deviennent obligatoires le 18 février 2027.
- Cela relie le DPP à la notation des offres. Une fois qu’un passeport batterie existera, ses données sur le fabricant, l’usine et les matières seront exactement les données d’origine dont parlent ces orientations. Les acheteurs publics auront une raison de les demander.
- Une réserve sur le texte lui-même. Dans l’exemple des batteries, les orientations désignent le règlement (UE) 2024/1781 comme le règlement batteries. C’est une erreur : 2024/1781 est l’ESPR, le règlement batteries porte le numéro 2023/1542. Ne reprenez pas cette référence dans votre propre documentation.
3. Le troisième signal : des critères de marchés publics écologiques pour l’habillement
L’article 65 de l’ESPR permet à la Commission de fixer des exigences obligatoires de marchés publics écologiques pour les groupes de produits couverts par des actes délégués d’écoconception. Le 28 août 2026, une initiative planifiée est apparue sur le portail « Donnez votre avis » : un règlement d’exécution sur les critères de marchés publics écologiques pour des textiles d’habillement durables et circulaires. Elle est pilotée par la DG Environnement et le projet reste à publier pour consultation.
Deux points ressortent. D’abord, c’est le premier acte fondé sur l’article 65 : le volet marchés publics de l’ESPR prend donc forme. Ensuite, il concerne les textiles, pour lesquels l’acte délégué lui-même reste indiqué pour le T4 2027. Les critères que les acheteurs publics appliqueront aux vêtements s’appuieront sur les mêmes données de durabilité, de composition et de traçabilité que le DPP textile devrait contenir.
Ce que cela signifie et ne signifie pas
- Aucune nouvelle obligation de DPP, aucune nouvelle échéance et aucun nouveau champ de données ne découlent de ces trois documents.
- Les orientations ne sont pas la loi. Elles encadrent la pratique de la Commission et orientent les autorités nationales, mais elles peuvent être révisées.
- Les lignes directrices sur le travail forcé s’appliquent à tous les produits, avec ou sans passeport. L’identifiant DPP est une voie d’identification parmi d’autres.
- Les références au DPP dans les marchés publics ne prendront effet en pratique que lorsqu’un groupe de produits sera effectivement soumis à un passeport obligatoire.
- Pour les textiles, l’initiative sur les marchés publics écologiques est un signal de planification. Le projet d’acte, ses critères et son calendrier restent à venir.
Que faire maintenant
- Traitez l’identifiant unique de produit comme la clé grâce à laquelle les autorités reconnaissent votre produit. Si votre produit doit porter un passeport, assurez-vous que l’identifiant imprimé sur le produit, l’emballage et les documents est identique à celui du passeport et, plus tard, du registre de l’UE.
- Conservez les données d’origine et de matière sous forme structurée. Les données sur les usines, les fournisseurs et les matières qui alimentent un passeport sont les mêmes que celles qu’une autorité d’enquête ou un acheteur public demandera.
- Ne présentez pas le passeport comme une preuve d’approvisionnement propre. Il peut contenir des données de traçabilité, mais il ne certifie pas les conditions de travail.
- Repérez où les marchés publics interviennent dans vos ventes. Si vous vendez des technologies « zéro net » ou des vêtements à des acheteurs publics, suivez les orientations NZIA et l’initiative de l’article 65 en parallèle des actes délégués produits.
- Surveillez l’échéance du règlement sur le travail forcé. L’application commence le 14 décembre 2027, dix mois après que le passeport batterie devient obligatoire.
FAQ
Le règlement sur le travail forcé exige-t-il un passeport numérique de produit ?
Non. Le règlement (UE) 2024/3015 s’applique à tous les produits, qu’ils portent ou non un passeport. Les lignes directrices (adoptées en juin 2026, publiées au Journal officiel en septembre) se limitent à citer l’identifiant unique du DPP parmi les informations permettant d’identifier un produit dans une enquête.Un acheteur public peut-il déjà exiger un DPP au titre du Net-Zero Industry Act ?
Pas en pratique. Les orientations indiquent que les systèmes numériques de traçabilité pourraient à l’avenir inclure les passeports numériques de produit. Tant qu’un produit « zéro net » n’a pas de passeport obligatoire avec des données d’origine, les appels d’offres reposent sur les preuves documentaires énumérées dans les orientations.Qu’est-ce que l’article 65 de l’ESPR ?
Il habilite la Commission à fixer des exigences obligatoires de marchés publics écologiques pour les produits couverts par des actes délégués ESPR. Le règlement d’exécution planifié pour les textiles d’habillement, annoncé le 28 août 2026, est le premier acte fondé sur cet article.Lire ensuite
- DPP et douanes de l’UE : comment les passeports numériques seront contrôlés à la frontière
- CSDDD et DPP : pourquoi la cartographie de la chaîne d’approvisionnement repose sur les mêmes données
- Industrial Accelerator Act : batteries, acier et DPP
- Registre DPP et données décentralisées : ce que stocke le registre de l’UE
- Mode et textile face au DPP : ce que les marques doivent préparer
- Passeport numérique de produit pour les textiles
Sources officielles
- Communication de la Commission : lignes directrices sur l’application du règlement (UE) 2024/3015 interdisant les produits issus du travail forcé (JO C/2026/4637, 3 septembre 2026)
- Règlement (UE) 2024/3015 interdisant les produits issus du travail forcé sur le marché de l’Union
- Communication de la Commission : orientations sur l’application de l’article 25 du règlement (UE) 2024/1735 (JO C/2026/4623, 31 août 2026)
- Règlement (UE) 2024/1735, le Net-Zero Industry Act
- Donnez votre avis : critères de marchés publics écologiques pour des textiles d’habillement durables et circulaires (initiative planifiée, 28 août 2026)
- Règlement ESPR (UE) 2024/1781, article 65
- Commission européenne : passeport numérique de produit pour les textiles d’habillement
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