Sanctions ESPR : que se passe-t-il en cas de non-conformité ?
Sanctions UE pour non-conformité au Passeport Numérique des Produits. Amendes, retrait du marché, interdictions d'importation et pénalités ESPR.
Pourquoi les sanctions ESPR doivent être la priorité de chaque fabricant
Le règlement sur l’écoconception des produits durables (ESPR), règlement (UE) 2024/1781, n’est pas une simple recommandation. Il s’agit d’un règlement européen contraignant qui fixe le cadre de la surveillance du marché et des sanctions en cas de non-conformité. Il faut toutefois distinguer ce qui est déjà établi en droit et la manière dont chaque État membre organisera concrètement les contrôles, définira ses priorités et appliquera les sanctions. Pour les catégories de batteries soumises au passeport de batterie, la première obligation contraignante entre en application le 18 février 2027.
Pourtant, de nombreux fabricants, importateurs et distributeurs considèrent encore la conformité au DPP comme une préoccupation future. Cet article explique précisément ce qui se passe lorsqu’une entreprise ne respecte pas ses obligations au titre de l’ESPR et comment éviter des sanctions coûteuses.
Base juridique : où l’ESPR définit les sanctions
L’ESPR établit son cadre d’application dans plusieurs chapitres, notamment le chapitre XI sur la surveillance du marché et le chapitre XIV sur les dispositions finales :
| Article | Objet | Disposition clé |
|---|---|---|
| Art. 74 | Sanctions | Les États membres doivent établir des règles de sanctions, incluant des amendes et l’exclusion temporaire des marchés publics ; elles doivent être effectives, proportionnées et dissuasives |
| Art. 69 | Procédure de sauvegarde | Permet aux États membres d’agir contre des produits non conformes, y compris le retrait et le rappel |
| Chapitre XI | Surveillance du marché | Lien avec le Règlement (UE) 2019/1020 sur la surveillance du marché et la conformité des produits |
Point essentiel : mise en œuvre nationale
Contrairement à une directive, l’ESPR est un règlement qui s’applique directement dans tous les États membres. Toutefois, l’article 74 laisse aux États membres le soin de définir les règles relatives aux sanctions. Cela signifie :
- Chaque État membre définit ses propres montants d’amendes, exclusions temporaires des marchés publics et procédures de contrôle et de sanction
- Les sanctions doivent être « effectives, proportionnées et dissuasives » (l’exigence minimale de l’Union)
- Les États membres doivent notifier à la Commission européenne leurs régimes de sanctions
- La notification à la Commission ne crée pas un barème unique d’amendes à l’échelle de l’UE
Il en résulte un cadre fragmenté dans lequel les amendes applicables à une même infraction peuvent varier considérablement entre l’Allemagne, la France, l’Espagne et les autres marchés.
Qu’est-ce qui constitue une non-conformité ?
La non-conformité à l’ESPR couvre un large éventail d’infractions. Il est essentiel de le comprendre, car une non-conformité même partielle peut donner lieu à des sanctions et à des mesures de contrôle.
1. Absence de passeport numérique de produit
L’infraction la plus évidente : mettre un produit sur le marché de l’UE sans le DPP requis après l’échéance applicable. Cela concerne :
- Les produits sans le support de données DPP requis pour la catégorie de produit concernée
- Les produits avec un support de données menant à un DPP vide ou non fonctionnel
- Les produits dont le support de données DPP n’est pas accessible aux utilisateurs finaux
2. Données DPP incomplètes ou inexactes
Même si un DPP existe, il peut être non conforme si :
- Des champs de données requis sont manquants (tels que définis dans l’acte délégué spécifique au produit)
- Les données comportent des erreurs importantes: par exemple une empreinte carbone erronée ou une composition incorrecte des matériaux
- Les données sont obsolètes: le DPP doit refléter l’état réel du produit
- Le format des données ne respecte pas les normes techniques: le DPP doit être lisible par machine
3. Support de données non conforme
Le support de données physique doit répondre à des exigences précises, et son emplacement autorisé dépend des règles applicables au produit. Dans l’ESPR, cela ne signifie pas automatiquement un code QR dans tous les cas : le règlement définit le support de données plus largement comme un code-barres linéaire, un symbole bidimensionnel ou un autre support d’identification automatique lisible par machine. Le format précis doit être fixé par l’acte délégué applicable ou par un règlement sectoriel.
- Le support doit être ouvert et interopérable et comporter un identifiant unique de produit, conformément aux articles 9 et 10 et à l’annexe III de l’ESPR. Le format précis découlera des normes harmonisées et de l’acte délégué ou sectoriel applicable. GS1 Digital Link est une solution technique courante, mais l’ESPR ne le désigne pas comme le seul format d’URL obligatoire
- Il doit rester lisible et utilisable pendant tout le cycle de vie du produit
- Il doit donner accès à un DPP accessible et fonctionnel
- Il doit être placé à un emplacement visible sur le produit, son emballage ou dans les documents qui l’accompagnent, conformément à l’article 10 de l’ESPR et aux précisions de l’acte délégué applicable
L’exception la plus claire aujourd’hui concerne les batteries : le règlement (UE) 2023/1542 exige expressément un code QR. À partir du 18 février 2027, toutes les batteries doivent porter un code QR et, pour les batteries LMT, les batteries industrielles de plus de 2 kWh et les batteries de véhicules électriques, ce code QR doit donner accès au passeport batterie.
4. Défaut de mise à jour des informations DPP
Les données DPP ne sont pas statiques. Les fabricants doivent mettre à jour leurs DPP lorsque :
- La composition du produit change
- Les certifications de durabilité sont renouvelées ou révoquées
- Les informations de réparation ou la disponibilité des pièces détachées changent
- Toute information affectant la conformité devient obsolète
5. Obstruction de la surveillance du marché
Le refus de coopérer avec les autorités de surveillance du marché, ou le manquement à cette obligation, notamment lorsque l’opérateur ne fournit pas les documents demandés ou l’accès aux données du DPP, constitue une infraction distincte assortie de sanctions propres.
Types de sanctions
Le contrôle de l’application de l’ESPR va bien au-delà des amendes. Le règlement et le règlement sur la surveillance du marché (UE) 2019/1020 établissent un système gradué de sanctions :
Sanctions financières
Il s’agit de la conséquence la plus directe. L’ESPR ne fixe pas de barème unique d’amendes à l’échelle de l’Union. Il oblige les États membres à prévoir des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives. Pour une analyse fiable de la situation actuelle, il faut donc examiner les premiers régimes nationaux qui mettent en œuvre des obligations sectorielles, en particulier pour les batteries.
État actuel des sources
Suivi des sanctions DPP par périmètre
Au 19 juillet 2026, le tableau distingue les sanctions directes pour absence de passeport batterie des sanctions relatives à la qualité des données, au marquage et aux codes QR ainsi que des projets de loi.
Périmètre
Le champ des sanctions varie selon les pays et toute sanction relative aux batteries ne concerne pas nécessairement l’absence du passeport lui-même.
L’obligation de passeport pour les batteries LMT, les batteries industrielles de plus de 2 kWh et les batteries de véhicules électriques commence le 18 février 2027. Le délai imparti aux États membres pour établir leurs sanctions nationales a expiré plus tôt, le 18 août 2025.
Croatie
Sanction DPP directe
- Base juridique
- Article 17 de la loi d’application du règlement relatif aux batteries
- Conséquence
- Une personne morale risque une amende de 3 000 à 30 000 EUR pour l’absence de passeport, l’absence d’informations requises, un accès défectueux par code QR, un lien incorrect avec un identifiant, des données inexactes, incomplètes ou obsolètes, ou l’absence d’interopérabilité requise. Des montants distincts s’appliquent aux personnes responsables et aux entrepreneurs personnes physiques.
Belgique
Sanction DPP directe
- Base juridique
- Loi du 21 décembre 1998 liée à la loi du 3 mai 2024
- Conséquence
- Le régime national de sanctions couvre l’article 77, sauf son paragraphe 9, ainsi que l’article 78 du règlement relatif aux batteries. L’amende de base va de 52 à 120 000 EUR. Avec le multiplicateur actuel de 10, cela correspond à 520 à 1 200 000 EUR. Le multiplicateur doit être vérifié selon le droit en vigueur à la date de l’infraction.
France
Sanction DPP directe
- Base juridique
- Décret n° 2025-992 et Code de la consommation
- Conséquence
- Pour les produits destinés aux consommateurs, la violation des articles 77 et 78 constitue une contravention de cinquième classe. L’amende maximale est de 1 500 EUR pour une personne physique et de 7 500 EUR pour une personne morale.
Allemagne
Sanction relative à la qualité des données
- Base juridique
- BattDG §60(2)(29) lié à l’article 77(4) du règlement batteries
- Conséquence
- Une amende allant jusqu’à 10 000 EUR s’applique lorsque les informations du passeport ne sont pas maintenues exactes, complètes et à jour. Cette disposition ne crée pas une sanction directe pour chaque cas d’absence de passeport.
Italie
Sanction relative au marquage et au code QR
- Base juridique
- Decreto legislativo 10 febbraio 2026, n. 29
- Conséquence
- L’article 34 prévoit de 10 000 à 150 000 EUR pour certaines infractions de marquage. À partir du 18 février 2027, cette fourchette couvre aussi les exigences relatives au code QR de l’article 13, paragraphes 6 et 7. La disposition ne sanctionne pas directement l’absence du passeport prévue à l’article 77, paragraphe 1.
Tchéquie
Projet
- Base juridique
- Projet de loi, document parlementaire n° 58
- Conséquence
- Le projet prévoit une amende pouvant atteindre 5 000 000 CZK, notamment pour la mise sur le marché d’une batterie sans le passeport requis. Le montant n’est pas en vigueur, car les travaux parlementaires se poursuivent.
Suède
Cadre adopté, sanction DPP proposée
- Base juridique
- SFS 2025:813 et mémorandum KN2026/01561
- Conséquence
- Les dispositions adoptées complètent le règlement relatif aux batteries, mais ne fixent pas d’amende directe en cas d’absence de passeport de batterie. Un mémorandum publié le 16 juillet 2026 propose un nouveau système de sanctions pécuniaires environnementales qui couvrirait aussi l’ESPR. Il reste à l’état de projet.
Pays-Bas
Mise en œuvre en cours
- Base juridique
- Projet de loi de mise en œuvre du règlement batteries
- Conséquence
- Le projet élargit la base de la loi environnementale afin que les règles relatives aux batteries puissent aussi couvrir la sécurité des produits et la santé, sous le contrôle de l’ILT et de la NVWA. Il confirme la nécessité de sanctions, mais ne précise pas encore de montant pour une infraction au DPP.
Pologne
Projet de loi en cours
- Base juridique
- Projet de loi sur les batteries et déchets de batteries
- Conséquence
- UC107 établirait l’autorité de surveillance, le cadre d’évaluation de la conformité et les sanctions applicables aux violations du règlement batteries. La fiche publique du projet ne précise aucun montant pour un DPP absent ou défectueux. Son adoption par le Conseil des ministres est prévue au troisième trimestre 2026.
| Pays | Statut | Base juridique | Conséquence | Source |
|---|---|---|---|---|
| Croatie | Sanction DPP directe | Article 17 de la loi d’application du règlement relatif aux batteries | Une personne morale risque une amende de 3 000 à 30 000 EUR pour l’absence de passeport, l’absence d’informations requises, un accès défectueux par code QR, un lien incorrect avec un identifiant, des données inexactes, incomplètes ou obsolètes, ou l’absence d’interopérabilité requise. Des montants distincts s’appliquent aux personnes responsables et aux entrepreneurs personnes physiques. | Narodne novine 152/2024 |
| Belgique | Sanction DPP directe | Loi du 21 décembre 1998 liée à la loi du 3 mai 2024 | Le régime national de sanctions couvre l’article 77, sauf son paragraphe 9, ainsi que l’article 78 du règlement relatif aux batteries. L’amende de base va de 52 à 120 000 EUR. Avec le multiplicateur actuel de 10, cela correspond à 520 à 1 200 000 EUR. Le multiplicateur doit être vérifié selon le droit en vigueur à la date de l’infraction. | Loi du 3 mai 2024 |
| France | Sanction DPP directe | Décret n° 2025-992 et Code de la consommation | Pour les produits destinés aux consommateurs, la violation des articles 77 et 78 constitue une contravention de cinquième classe. L’amende maximale est de 1 500 EUR pour une personne physique et de 7 500 EUR pour une personne morale. | Décret n° 2025-992 |
| Allemagne | Sanction relative à la qualité des données | BattDG §60(2)(29) lié à l’article 77(4) du règlement batteries | Une amende allant jusqu’à 10 000 EUR s’applique lorsque les informations du passeport ne sont pas maintenues exactes, complètes et à jour. Cette disposition ne crée pas une sanction directe pour chaque cas d’absence de passeport. | BattDG §60(2)(29) |
| Italie | Sanction relative au marquage et au code QR | Decreto legislativo 10 febbraio 2026, n. 29 | L’article 34 prévoit de 10 000 à 150 000 EUR pour certaines infractions de marquage. À partir du 18 février 2027, cette fourchette couvre aussi les exigences relatives au code QR de l’article 13, paragraphes 6 et 7. La disposition ne sanctionne pas directement l’absence du passeport prévue à l’article 77, paragraphe 1. | Article 34 |
| Tchéquie | Projet | Projet de loi, document parlementaire n° 58 | Le projet prévoit une amende pouvant atteindre 5 000 000 CZK, notamment pour la mise sur le marché d’une batterie sans le passeport requis. Le montant n’est pas en vigueur, car les travaux parlementaires se poursuivent. | Document n° 58 |
| Suède | Cadre adopté, sanction DPP proposée | SFS 2025:813 et mémorandum KN2026/01561 | Les dispositions adoptées complètent le règlement relatif aux batteries, mais ne fixent pas d’amende directe en cas d’absence de passeport de batterie. Un mémorandum publié le 16 juillet 2026 propose un nouveau système de sanctions pécuniaires environnementales qui couvrirait aussi l’ESPR. Il reste à l’état de projet. | Mémorandum KN2026/01561 |
| Pays-Bas | Mise en œuvre en cours | Projet de loi de mise en œuvre du règlement batteries | Le projet élargit la base de la loi environnementale afin que les règles relatives aux batteries puissent aussi couvrir la sécurité des produits et la santé, sous le contrôle de l’ILT et de la NVWA. Il confirme la nécessité de sanctions, mais ne précise pas encore de montant pour une infraction au DPP. | Kamerstuk 36880-3 |
| Pologne | Projet de loi en cours | Projet de loi sur les batteries et déchets de batteries | UC107 établirait l’autorité de surveillance, le cadre d’évaluation de la conformité et les sanctions applicables aux violations du règlement batteries. La fiche publique du projet ne précise aucun montant pour un DPP absent ou défectueux. Son adoption par le Conseil des ministres est prévue au troisième trimestre 2026. | UC107 |
Retrait de produits du marché
Conformément à l’article 69 de l’ESPR, l’autorité de surveillance du marché commence en principe par demander à l’opérateur économique de corriger la non-conformité dans un délai approprié. Si les mesures correctives ne sont pas prises ou si la non-conformité persiste, l’autorité peut restreindre ou interdire le produit, le retirer du marché ou le rappeler auprès des utilisateurs.
En pratique, cela peut imposer le retrait des canaux de vente, la suspension de la vente des stocks existants et la suppression des offres en ligne. Une intervention plus rapide reste possible lorsque la nature du risque ou les règles sectorielles l’exigent. Les produits dangereux peuvent aussi être signalés dans le système Safety Gate de l’Union, qui n’est pas un registre général des non-conformités au DPP.
Interdictions d’importation
Les autorités douanières aux frontières extérieures de l’UE participent au contrôle des produits soumis à une obligation DPP applicable. Si un contrôle fait naître un soupçon de non-conformité, la mise en libre pratique peut être suspendue et le dossier transmis à l’autorité de surveillance du marché compétente. Après son évaluation, celle-ci peut autoriser la mise en libre pratique, demander des mesures correctives ou imposer une restriction, une interdiction, un retrait ou un rappel.
La date d’entrée en vigueur d’une obligation de passeport ne bloque pas automatiquement chaque envoi dépourvu de DPP. Le champ des contrôles dépend du régime sectoriel concerné, des connexions avec le registre DPP, de l’analyse des risques et de la pratique nationale. Le renvoi ou la destruction des marchandises exige une base juridique appropriée et le respect des conditions prévues par les règles applicables.
Le règlement d’exécution (UE) 2026/1778 définit désormais la structure des données et les mécanismes de vérification du registre. Son interconnexion avec l’environnement de guichet unique de l’Union pour les douanes et les procédures de contrôle propres à chaque catégorie de produits sont toutefois encore en cours de construction. L’étendue effective des contrôles continuera donc de dépendre du secteur et de l’État membre.
Ceci est particulièrement pertinent pour les importateurs s’approvisionnant auprès de fabricants hors UE qui ne connaissent peut-être pas encore les exigences DPP.
Publication des non-conformités et atteinte à la réputation
L’ESPR et le Règlement sur la surveillance du marché prévoient la divulgation publique des non-conformités :
- Les produits dangereux peuvent être signalés dans le système Safety Gate de l’Union ; d’autres constats de non-conformité peuvent être rendus publics dans des décisions, des avis ou des rapports nationaux
- Les autorités de surveillance publient des rapports annuels qui recensent les secteurs dans lesquels des non-conformités ont été constatées
- Les cas majeurs de non-conformité peuvent faire l’objet d’une couverture médiatique et nuire à la réputation de la marque
- Les clients B2B vérifient de plus en plus le statut de conformité avant de signer des contrats
Responsabilité dans la chaîne d’approvisionnement
L’ESPR répartit les responsabilités tout au long de la chaîne d’approvisionnement :
- Fabricants: responsabilité principale de la création et de la tenue à jour du DPP
- Importateurs: responsables s’ils mettent des produits non conformes sur le marché de l’Union
- Distributeurs: exposés à des sanctions s’ils vendent des produits qu’ils savent, ou devraient savoir, dépourvus d’un DPP conforme
- Places de marché en ligne: au titre du Règlement sur les services numériques (Règl. (UE) 2022/2065), du Règlement sur la sécurité générale des produits (Règl. (UE) 2023/988) et du Règlement sur la surveillance du marché (Règl. (UE) 2019/1020), elles doivent coopérer avec les autorités et peuvent être tenues de retirer les produits signalés comme non conformes aux obligations DPP applicables
- Mandataires: peuvent être tenus responsables des produits qu’ils représentent
Qui applique les exigences DPP ?
Autorités de surveillance du marché
Chaque État membre désigne une ou plusieurs autorités de surveillance du marché chargées de contrôler les exigences applicables aux produits. En pratique, la compétence dépend du secteur : sécurité des produits, substances chimiques, batteries, électronique, emballages ou ventes en ligne peuvent relever d’autorités différentes. Les exemples ci-dessous présentent des points de contact et des autorités sectorielles, et non une liste exhaustive de tous les organismes compétents dans l’Union :
| Pays | Autorité | Compétence |
|---|---|---|
| 🇫🇷 France | DGCCRF | Protection des consommateurs et conformité des produits |
| 🇩🇪 Allemagne | BAuA + Autorités des Länder | Coordination fédérale + application régionale |
| 🇪🇸 Espagne | Ministerio de Consumo + Autorités régionales | Approche nationale coordonnée |
| 🇵🇱 Pologne | UOKiK + Inspection commerciale | Surveillance du marché et concurrence |
| 🇮🇹 Italie | MIMIT + autorités sectorielles | Sécurité des produits, marquage CE et contrôle sectoriel |
| 🇳🇱 Pays-Bas | NVWA + ILT + autorités sectorielles | Produits de consommation, exigences environnementales et contrôles sectoriels |
| 🇸🇪 Suède | Swedac / Market Surveillance Council + autorités sectorielles | Coordination nationale et application par organismes spécialisés |
| 🇫🇮 Finlande | Tukes | Agence de sécurité et des produits chimiques |
Les autorités utilisent aussi des outils de coopération de l’UE comme ICSMS, qui permet aux organismes de surveillance du marché des pays de l’UE et de l’AELE d’échanger des informations sur les produits non conformes.
Autorités douanières
Aux frontières extérieures de l’UE, les autorités douanières participent au contrôle des marchandises importées et peuvent suspendre leur mise en libre pratique lorsqu’elles soupçonnent une non-conformité. L’évaluation réglementaire relève ensuite de l’autorité de surveillance du marché compétente.
Supervision de la Commission européenne
La Commission européenne surveille l’application dans les États membres et peut :
- Engager des procédures d’infraction contre les États qui n’appliquent pas correctement
- Adresser des demandes de normalisation au CEN, au CENELEC et à l’ETSI, puis publier les références des normes harmonisées au Journal officiel. Le texte technique de ces normes est rédigé et publié par les organisations européennes de normalisation, et non par la Commission
- Coordonner des campagnes de contrôle à l’échelle de l’Union ciblant des catégories de produits précises
- Tenir le registre européen des passeports numériques de produits. Le règlement d’exécution (UE) 2026/1778 en fixe les règles de fonctionnement ; le registre de production, l’environnement de test distinct et le Guide destiné aux opérateurs économiques sont disponibles depuis le 20 juillet 2026. Cela ne signifie pas que tous les produits peuvent déjà être enregistrés ou contrôlés : le guide indique que l’enregistrement d’un DPP ne peut actuellement pas aboutir faute de catalogue sémantique des batteries. L’acte couvre aussi les produits de construction, les jouets, les détergents et les autres textes de l’Union qui utilisent le registre, et pas seulement la première application liée aux batteries
À venir : les règles de surveillance du marché sur lesquelles repose ce dispositif doivent elles-mêmes être actualisées. La Commission a annoncé un European Product Act (acte européen sur les produits), dont la proposition est attendue au 3e trimestre 2026. Il doit moderniser la surveillance du marché des produits, notamment pour les ventes numériques et transfrontalières. Des données DPP structurées pourront servir de preuve lisible par machine dans ce cadre. Voir European Product Act : l’application du DPP prend des dents.
Comment se déroule le contrôle en pratique
À ce stade, il faut rester prudent : les grandes lignes du contrôle ressortent déjà du cadre juridique, mais son déroulement précis dépendra encore de la catégorie de produit, de la procédure nationale, des actes d’exécution et de la pratique des autorités de surveillance du marché. Le schéma ci-dessous présente donc un déroulement probable, et non un processus unique déjà entièrement harmonisé dans toute l’Union.
Surveillance du marché
Les contrôles douaniers et les contrôles par sondage peuvent inclure la vérification du support de données, de l'accessibilité du DPP et des documents essentiels.
Action corrective
La détection d'une anomalie conduit souvent à une demande d'action corrective avec un délai pour compléter ou corriger les données.
Sanctions financières
L'inaction peut conduire à des amendes ou à d'autres sanctions administratives prévues par le droit national.
Interdiction de vente
En cas de non-conformité grave ou persistante, les autorités peuvent bloquer les importations, ordonner des retraits ou interdire la poursuite des ventes.
Surveillance du marché
Les contrôles douaniers et les contrôles par sondage peuvent inclure la vérification du support de données, de l'accessibilité du DPP et des documents essentiels.
Action corrective
La détection d'une anomalie conduit souvent à une demande d'action corrective avec un délai pour compléter ou corriger les données.
Sanctions financières
L'inaction peut conduire à des amendes ou à d'autres sanctions administratives prévues par le droit national.
Interdiction de vente
En cas de non-conformité grave ou persistante, les autorités peuvent bloquer les importations, ordonner des retraits ou interdire la poursuite des ventes.
Étape 1 : Inspection de surveillance du marché
Les autorités peuvent mener des contrôles de leur propre initiative et intervenir aussi à la suite de signalements, de contrôles douaniers ou de campagnes sectorielles. En pratique, les vérifications peuvent être physiques, par exemple en magasin ou en entrepôt, ou numériques, notamment sur les offres en ligne. Lorsque le DPP et le support de données sont déjà obligatoires pour une catégorie, l’autorité vérifiera généralement :
- Le produit a-t-il un support de données ?
- Le code QR mène-t-il à un DPP valide ?
- Les données DPP sont-elles complètes et exactes ?
- Les données correspondent-elles au produit physique ?
Étape 2 : Notification de non-conformité
Si une infraction est constatée, l’autorité peut émettre une notification formelle ou une demande de mesures correctives à l’opérateur économique. La forme exacte dépendra de la procédure nationale, mais elle comprend souvent :
- Description de l’infraction
- Délai pour les mesures correctives (souvent de quelques jours à plusieurs semaines selon la procédure nationale)
- Avertissement concernant de possibles mesures supplémentaires si le problème n’est pas corrigé
Étape 3 : Mesures correctives
Le fabricant ou l’importateur devra généralement alors :
- Corriger le DPP (ajouter les données manquantes, rectifier les inexactitudes)
- Fournir des preuves de conformité à l’autorité
- Rappeler ou mettre à jour les produits concernés s’ils sont déjà vendus
- Consigner les actions correctives en vue de contrôles ultérieurs
Étape 4 : Sanctions pour non-conformité non résolue
Si les mesures correctives ne sont pas prises dans le délai imparti, ou si l’autorité estime que le manquement est grave, les mesures suivantes peuvent être adoptées :
- Le prononcé d’amendes
- Des injonctions de retrait du marché
- La publication de la non-conformité dans les registres officiels
- Dans les cas graves, des poursuites pénales (dans les États membres qui qualifient certaines infractions de délits)
Le règlement sur les batteries : un exemple concret d’application de l’ESPR
Le règlement sur les batteries (UE) 2023/1542 constitue aujourd’hui le meilleur point de comparaison concret pour comprendre comment le contrôle du DPP pourrait se développer dans le cadre plus large de l’ESPR. Le passeport de batterie devient en effet obligatoire à partir du 18 février 2027 pour les catégories couvertes par ce règlement. Cela ne signifie toutefois pas que les modalités de contrôle seront ensuite identiques dans tous les secteurs couverts par l’ESPR.
Principales dispositions relatives au contrôle des batteries :
- Les catégories de batteries couvertes par les règles de passeport devront disposer d’un passeport conforme au règlement (UE) 2023/1542
- À partir du 18 février 2027, toutes les batteries doivent porter un code QR ; pour les batteries LMT, les batteries industrielles de plus de 2 kWh et les batteries de véhicules électriques, le code QR doit mener au passeport batterie
- Le DPP doit inclure des données relatives à l’état de santé, la déclaration d’empreinte carbone et la part de matières recyclées
- L’opérateur économique qui met la batterie sur le marché doit garantir que les informations du passeport batterie sont exactes, complètes et à jour
- Les États membres sont tenus de définir les sanctions pour les batteries non conformes dans leur législation nationale d’application
- La Croatie, la Belgique et la France ont adopté des sanctions visant directement l’absence de passeport batterie. L’Allemagne sanctionne la qualité des données, tandis que l’Italie sanctionne certaines infractions de marquage et de code QR. En Tchéquie, la sanction pour absence de passeport reste un projet
Il ne s’agit plus seulement d’un débat théorique : les fabricants relevant du passeport de batterie doivent s’attendre à des contrôles et à des mesures d’exécution effectifs une fois l’obligation entrée en vigueur, même si leur intensité et leur déroulement précis varieront selon la pratique nationale.
Deux changements récents dans le calendrier applicable aux batteries
Deux évolutions intervenues depuis la première version de ce régime modifient quand certaines de ses parties s’appliquent :
- Les obligations de diligence dans la chaîne d’approvisionnement ont été reportées au 18 août 2027. Le règlement (UE) 2025/1561 a déplacé les obligations prévues à l’article 48 pour l’approvisionnement responsable en cobalt, lithium, graphite naturel et nickel du 18 août 2025 au 18 août 2027. Les lignes directrices de la Commission sont désormais attendues pour le 26 juillet 2026, et les rapports seront établis tous les trois ans. Cela compte pour les sanctions : les plafonds nationaux les plus élevés, par exemple le plafond allemand de 500 000 EUR, visent les manquements liés aux contrôles, à l’approbation de la stratégie et au devoir de diligence. Ces sanctions ne pourront donc être appliquées qu’une fois les obligations correspondantes entrées en vigueur. L’échéance du passeport prévue à l’article 77 reste fixée au 18 février 2027. Voir Obligations de diligence pour les batteries reportées au 18 août 2027.
- Un acte relatif aux droits d’accès doit être adopté avant le 18 août 2026. À cette date, la Commission doit préciser qui est considéré comme une personne ayant un intérêt légitime et à quelles données du passeport de batterie cette personne peut accéder (article 77 et annexe XIII). Les prochaines exigences d’étiquetage des batteries entreront en vigueur le même jour. Il s’agit des principales étapes avant l’entrée en application du passeport le 18 février 2027.
Application transfrontalière : coordination à l’échelle de l’Union
L’un des aspects les plus puissants de l’application de l’ESPR est le mécanisme de coordination à l’échelle de l’UE :
Procédure de l’Union en cas de non-conformité transfrontalière
Lorsqu’une autorité estime que la non-conformité ne se limite pas au territoire d’un seul État membre, elle informe la Commission et les autres États membres de son évaluation et des mesures correctives demandées. L’opérateur économique doit prendre les mesures appropriées pour tous les produits concernés qu’il a mis à disposition dans l’Union.
Une mesure nationale ne devient pas automatiquement une décision identique dans les 27 États membres. L’information est communiquée dans le cadre de la procédure de l’Union. Si la mesure est jugée justifiée, les autres États membres prennent les mesures appropriées sur leurs marchés. Safety Gate concerne les produits dangereux, pas chaque non-conformité formelle au DPP.
Actions de contrôle conjointes
La Commission européenne peut coordonner des actions conjointes dans lesquelles les autorités de surveillance de plusieurs États membres vérifient simultanément la conformité d’une catégorie de produits donnée. Ces contrôles coordonnés se sont révélés efficaces dans d’autres domaines de la sécurité des produits et donnent une indication utile de la manière dont le contrôle du DPP pourrait évoluer.
Impact financier : Au-delà des amendes
Le véritable coût de la non-conformité ESPR va bien au-delà des sanctions financières :
Coûts directs
- Amendes et sanctions administratives: de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’euros
- Coûts de retrait du marché: logistique de retrait des produits des rayons et entrepôts
- Pertes de stocks: marchandises invendables pendant la période de non-conformité
- Frais juridiques: pour contester ou gérer les procédures de sanction
Coûts indirects
- Perte de revenus: impossibilité de vendre pendant la période de retrait
- Pénalités contractuelles imposées par les clients: les clients B2B peuvent invoquer des clauses pénales en cas de livraisons non conformes
- Conséquences sur l’assurance: l’assurance responsabilité du fait des produits peut ne pas couvrir la non-conformité réglementaire
- Exclusion des appels d’offres: les marchés publics exigent de plus en plus une preuve de conformité ESPR
Coûts liés à la réputation
- Atteinte à la marque: mention publique de l’entreprise comme opérateur non conforme
- Érosion de la confiance des clients: notamment chez les consommateurs sensibles au développement durable
- Inquiétudes des investisseurs: les notations ESG peuvent être affectées
- Exclusion des chaînes d’approvisionnement: les grands détaillants excluent les fournisseurs non conformes
Comment éviter les sanctions ESPR : liste de contrôle de la conformité
La bonne nouvelle est que les exigences de l’ESPR peuvent être respectées, surtout avec une préparation en amont. Utilisez cette liste de contrôle :
Actions immédiates (commencez maintenant)
- Identifiez vos catégories de produits: déterminez quels actes délégués s’appliquent à vos produits
- Vérifiez vos échéances: les batteries ont une date de passeport fixée en février 2027 ; les futures catégories ESPR dépendront des actes délégués et du plan de travail de la Commission
- Définissez vos identifiants produit: les GTIN sont souvent utiles, mais le niveau et le format obligatoires de l’identifiant viendront de l’acte délégué ou sectoriel applicable
- Examinez vos données produit: dressez l’inventaire des données disponibles sur la durabilité, la composition et le cycle de vie
- Choisissez une plateforme DPP: sélectionnez un outil générant des DPP conformes avec des supports de données appropriés
Avant votre échéance
- Créez les DPP au niveau requis: assurez-vous que le modèle, le lot ou l’article concerné dispose d’un passeport complet lorsque l’acte applicable l’exige
- Générez et appliquez le bon support de données: pour les batteries, il s’agit d’un code QR ; pour les futures catégories ESPR, vérifiez le format prévu par l’acte délégué ou sectoriel
- Vérifiez la complétude des données: comparez vos données DPP aux exigences de l’acte délégué applicable
- Testez l’ensemble du parcours: scannez vos codes QR et vérifiez l’accessibilité et l’exactitude du DPP
- Formez votre équipe: assurez-vous que les achats, la production et la qualité comprennent les obligations DPP
Maintien de la conformité
- Mettez à jour les DPP lors des changements produits: nouveaux matériaux, nouvelles certifications, nouveaux fournisseurs
- Surveillez les mises à jour réglementaires: les actes délégués peuvent être modifiés avec de nouvelles exigences
- Répondez rapidement aux demandes des autorités: les retards dans la fourniture d’informations aggravent les sanctions
- Tenez un journal de traçabilité: consignez toutes les créations et mises à jour de DPP ainsi que les mesures de conformité
N’attendez pas le début des contrôles
Il n’est pas nécessaire de connaître aujourd’hui chaque détail des futurs contrôles pour se préparer sérieusement. La tendance réglementaire est claire : lorsque les obligations sectorielles s’appliqueront, les autorités attendront des données produit accessibles, un support de données fonctionnel et la capacité de démontrer la conformité. Plus tôt les identifiants, les données produit et les journaux de traçabilité seront organisés, plus le risque de corrections urgentes diminuera.
Sources officielles
- Règlement ESPR (UE) 2024/1781
- Règlement Surveillance du marché (UE) 2019/1020
- Règlement Batteries (UE) 2023/1542
- Règlement (UE) 2025/1561 : report des obligations de diligence pour les batteries au 18 août 2027
- Croatie : loi d’application du règlement batteries, article 17
- Belgique : loi du 3 mai 2024
- Belgique : loi du 21 décembre 1998
- Belgique : multiplicateur actuel des amendes
- France : décret n° 2025 992
- France : sanction des infractions aux dispositions d’application
- Allemagne : dispositions de sanctions BattDG
- Italie : Decreto legislativo 10 febbraio 2026, n. 29, article 34
- Tchéquie : historique législatif du projet n° 58
- Suède : dispositions complémentaires adoptées, SFS 2025:813
- Suède : mémorandum KN2026/01561
- Pays-Bas : projet d’application du règlement batteries
- Pologne : projet UC107
- Ecodesign / Green Forum : informations sur la mise en œuvre
- Commission européenne : ICSMS et coopération en surveillance du marché
- Règlement d’exécution (UE) 2026/1778 de la Commission : registre DPP
- Commission européenne : registre DPP
- Italie : MIMIT, sécurité des produits de consommation
- Pays-Bas : NVWA, sécurité des produits
- Suède : Market Surveillance Council et autorités sectorielles
Le coût de la conformité aujourd’hui ne représente qu’une fraction du coût futur de la non-conformité. Avec des plateformes en libre-service comme OriginPass, créer des DPP pour vos produits ne prend que quelques minutes et non plusieurs mois.
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